Kungsleden (Voie Royale)

(Article tiré de l’ancien site, voyage datant de août 2010)

Tout a commencé à Nouvel-An, quand, avec Rodolphe, nous avons commencé à disserter sur notre prochain trek. Toute l’Europe, ou presque, y est passée, sauf la Laponie. Quelques jours plus tard, en pleine révision pour les examens, je cherchais un itinéraire sympa sur internet, et je suis tombé sur la Kungsleden. L’idée d’aller au nord nous a tout de suite plu et c’est ainsi que nous avons opté pour cet itinéraire. Par souci d’écologie et par amour de l’aventure, nous avons pris la décision de nous rendre sur place en train. Le train comporte également cet avantage de permettre au voyageur de prendre conscience de la distance parcourue.

C’est donc après 3 jours de train et un certain nombre d’aventures plus ou moins drôles que nous arrivons à Abisko Turistation. Nous sommes le 4 août dans l’après-midi. Abisko est un véritable centre de trek, il y a, outre une auberge de jeunesse, un magasin qui vend tout ce qu’on pourrait avoir oublié, y compris des habits. Pour ceux qui se rendent en Suède en avion, sachez que vous y trouvez les deux principales normes de bonbonnes de gaz, à pas de vis et à clips. Il y a aussi un Naturum, sorte de bureau du parc, qui vend toutes les cartes de la région à différentes échelles, des livres sur la faune et la flore, des cartes postales, et comporte aussi une petite exposition sur le parc national d’Abisko. Nous achetons de l’anti-moustique local, la carte qui nous manquait, un peu de nourriture et des cartes postales, et partons pour notre premier bivouac. Nous nous rendons sur un campement indiqué car le bivouac sauvage est interdit dans le parc. C’est d’ailleurs le seul endroit où le bivouac est réglementé. Ailleurs le bivouac sauvage est autorisé, en vertu du Swedish Right of Public Access, une loi garantissant à chacun l’accès à la nature.

 

Nous prenons notre rythme, et découvrons petit à petit les joies d’un tel trek. La-bas tout est immense. Nous traversons des rivières de plus de 10 mètres de large mais le chemin est très bien équipé et il y a des ponts à chaque fois que cela est nécessaire. Nous marchons au fond de grandes vallées glaciaires et nous nous sentons tout petits. Nous sommes au nord du cercle polaire, et c’est notre première fois à tous les deux. S’il est vrai que le soleil de minuit nous évite de se faire prendre par la nuit sur une trop longue étape, c’est perturbant d’ouvrir les yeux à minuit et de voir le jour. Avec les marais, les moustiques font aussi partie du paysage. Et il s’agit de moustiques de compétition. Notre anti-moustique les empêche de nous piquer, mais pas de rentrer dans nos narines, nos yeux, notre tasse de bouillon et j’en passe. La seule feinte que nous avons trouvée est de bivouaquer en plein vent.

Après trois jours de marche, nous découvrons une autre spécificité de cette région. En effet, nous sommes à Teusajaure et nous devons traverser notre premier lac. Le concept, appelé roddled en suédois, est simple: il y a trois barques, et il doit toujours y avoir deux barques sur une rive et une barque sur l’autre rive (jamais les trois du même côté). Comme nous arrivons du côté où il n’y a qu’une seul barque, il nous faut donc faire trois traversées. En effet, nous traversons une première fois, nous prenons ensuite une deuxième barque en remorque, que nous amarrons de l’autre côté et retraversons finalement afin d’être du bon côté. C’est assez long, surtout après 9-10h de marche, mais nous refusons de prendre le bateau à moteur. D’autant plus que celui-ci est trop cher, 150.- SEK (soit une vingtaine de francs suisses) par personne, voir plus.

 

Nous faisons un bref retour à la civilisation à Vakkotavare. Il y a une route, un lac de barrage, des lignes à haute tension et deux ou trois maisons. Un bus passe le long de cette route et un certain nombre de gens arrêtent ou commencent ici la Kungsleden. Sur la trentaine de kilomètres de route, nous en ferons quinze à pied et le reste en bus, le lendemain. Entre temps nous avons trouvé une autre parade aux moustiques: dormir dans les cabanes prévues pour l’hiver. Elles sont en effet gratuites et ouvertes. Il est clair que cela touche un coup fatal à notre refus d’infrastructure, après les barques et les ponts. Mais notre tente est trop petite pour que l’on puisse y manger. Et rester dehors avec les moustiques est un vrai cauchemar. Le choix d’une tente si petite est une erreur qui nous poursuivra tout le long du trek.

Nous reprenons la marche à Saltoluokta, après une matinée de bus et de bateau. Saltoluokta est un départ pour la Kungsleden, direction Kvikkjokk. Nous rencontrons notre lots de gens frais, et il y en a beaucoup trop ! Nous nous dépêchons donc de partir, afin d’être tranquilles pour marcher. A Sitojaure, une nouvelle traversée nous attend. C’est la plus longue, quatre kilomètres plus les détours. Rodolphe est un vrai terrien et ses notions de navigation n’existent tout simplement pas. C’est ainsi que, moi étant aux rames et lui me guidant, nous avons littéralement planté la barque sur un rocher, lequel était 20 centimètres sous l’eau, au milieu du lac. D’après Rodolphe le signalement par des bouées n’était pas clair… Mais malgré tout, après quatre heures d’efforts, nous revenons sur la terre ferme pour la nuit. Nous remarquons que, pour la première fois du trek, nous avons réellement besoin de nos lampes frontales pour faire à manger. Le lendemain nous découvrons un autre aspect de ce concept de barque : l’attente. En effet, à Aktse, le groupe précédent n’a pas ramené la troisième barque. Nous n’avons donc aucune embarcation de notre côté, et nous attendons cinq heures qu’un autre groupe arrive dans l’autre sens.

Après une nouvelle nuit en refuge, nous arrivons à Kvikkjokk. En distance, ce village est situé presque à la moitié de la Kungsleden. Pour beaucoup, il représente la fin du parcours. En effet, après ce passage, le chemin est moins indiqué et il y a beaucoup moins de refuge. Cette partie est beaucoup moins parcourue. Être sur l’étape du milieu nous motive et nous alignons plus de 40 kilomètres efforts, soit une de nos plus grosses étapes. Nous bivouaquons près d’un lac, en ayant l’espoir de nous laver. Mais les moustiques sont si agressifs que nous renonçons. C’est une soirée très difficile. Nous sommes vraiment poussés à bout par les moustiques et le manque de confort de notre tente, et, sans en avoir parlé ouvertement, je crois que nous avons tous les deux pensé à un possible abandon. D’autant plus que dans deux jours nous arrivons dans une ville où passe un bus. Après une nuit terrible, nous sommes sales et l’aération se fait mal dans notre tente alpine, nous repartons sans grande motivation. Alors que nous avons eu de la chance sur le plan météo au début, le temps semble se dégrader. Nous partons par un temps plutôt froid et humide, avec un ciel chargé. Mais après une demie heure de marche, il se met à faire vraiment chaud. Et le soir, nous finirons la marche sous la pluie.

 

A Vuonatjviken, nous plantons la tente au milieu du village. Le lac n’est pas traversable à la rame et nous devons prendre le bateau à moteur, service assuré par les locaux. Nous sommes impressionnés par une famille semblant posséder un peu près l’entier du village. Leur maison est immense et monsieur se déplace en hélicoptère. C’est au moment de payer la traversée que nous comprenons : 200 Couronnes par personne, c’est vraiment cher. Et ceci pour une dizaine de minutes de bateau, en plein vent et sous la pluie. Le temps s’est vraiment dégradé et nous marchons tout le matin dans la pluie, le brouillard et le vent. Nous aimerions bien nous arrêter pour manger un morceau, mais il n’y a strictement rien en matière d’abri (naturel ou non), nous sommes sur un plateau herbeux et rien de plus. Et nous ne voulons pas ouvrir les sacs dans cette tempête, car tout serait alors mouillé. Mais il y en a que la pluie ne dérange pas, ce sont les moustiques. Dès que nous redescendons dans la forêt, où nous pourrions nous mettre à l’abri le temps d’une pause, ils reviennent. Nous marchons donc tout le matin sans faire de pause. Notre moral commence à descendre plus bas que la semelle de nos chaussures quand nous réalisons que nous avons perdu le chemin. Nous sommes au milieu d’une forêt, et le marquage s’est tout simplement arrêté. L’altimètre ne nous est d’aucun secours car le terrain est plat ; et il nous est impossible de faire une triangulation à la boussole, vu l’absence total de repères. Nous tentons néanmoins de ne pas tourner en rond. D’après la carte, nous devons rester entre un lac et une ligne téléphonique pour arriver à la rivière que nous devons traverser. Après avoir errer un bon moment dans cette forêt, nous trouvons la ligne téléphonique. Nous la suivons, mais celle-ci traverse des marécages. Avec les sacs, nous pesons plus de 100kg chacun, et nous enfonçons parfois jusqu’aux genoux. Mais la motivation revient quand nous découvrons le passage à la rame : il est court, les barques et les rames sont neuves, un coin de ciel bleu se montre et le paysage est incroyable. La traversée se fait juste en dessous d’une série de rapide, et l’humidité encore bien présente joue avec le soleil qui se pointe. Cela donne une lumière extraordinaire alors que les restes de nuages se reflètent à la surface de l’eau.

 

A Jäkkvik, nous achetons de la nourriture et passons tout droit. Nous ne voulons en effet pas nous arrêter dans cette ville qui aurait pu signifier notre abandon. Notre but de la soirée est de rejoindre un refuge indiqué sur la carte, afin de pouvoir y faire sécher le matériel. Nous nous offrons, malgré nous, un détour et nous profitons ainsi du panorama. Quand nous arrivons au refuge, celui-ci a visiblement été modernisé et, du coup, fermé à clé. Nous cherchons un abri, il fait vraiment froid, nos habits sont tous mouillés et il n’y a pas un seul endroit plat où planter la tente. Bien qu’il n’y ait plus ni pluie ni brouillard, un fort vent tempétueux est resté. De plus nous sommes carrément frustrés de ne pouvoir dormir au sec. Finalement, Rodolphe ouvre la porte avec un bout de fil de fer. Nous avons acheté une boite de raviolis à Jäkkvik, et cela s’apparente à un repas de fête. Comme nous sommes des squatteurs éduqués, nous balayons et nettoyons le refuge avant de partir. Par contre nous nous sommes fait avoir par les raviolis : la boite contenait surtout de la sauce, et nous n’avons pas eu notre dose d’énergie. Nous sommes contraints de doubler la ration à midi pour maintenir le même rythme de marche. A Adolfsström, nous rachetons encore un peu de nourriture. C’est un joli village et les gens ont l’air d’être en vacances. C’est au regard des gens que nous croisons que nous réalisons que nous ne nous sommes pas lavés depuis Kvikkjokk. Du coup, nous prenons une grande décision : ce soir, qu’il y ait des moustiques, qu’il fasse froid ou qu’il pleuve, nous nous lavons ! Pour cela nous décidons de marcher jusqu’à un refuge, dans lequel nous pourrons faire du feu. Nous y arrivons tard, le soleil est déjà passé derrière la montagne et la température baisse. Nous y faisons du feu et nous nous préparons à nous laver, nu au bord de la rivière, dans une eau glacée. L’idée est d’ensuite revenir en courant auprès du feu pour se sécher. Nous constatons au réveil à quel point se laver est agréable. Nous avons super bien dormi et, pour le plus grand bonheur de Rodolphe, je sors ma deuxième paire de chaussettes.

La différence de température entre le jour et la nuit est de plus en plus marquée. En fait nous avons maintenant 3 à 4 heures de nuit par 24 heures, ce qui refroidit considérablement l’air. Les moustiques ne tiennent pas le choc, ils sont de moins en moins nombreux et ne sont plus du tout en forme. C’est très agréable de marcher sans eux et nous avançons à un bon rythme. Sur la carte, un site historique est balisé. Nous décidons donc d’aller y bivouaquer à proximité, mais ne l’avons pas trouvé. Nous sommes en plein vent, il fait entre 6 et 8 degrés Celsius, et le réchaud fonctionne mal (la température n’y serait pour rien, il s’agirait plutôt de poussières bouchant le brûleur). Le matin, il y a du givre sur l’extérieur de la tente et nous commençons à marcher avec gants et bonnets. L’étape jusqu’à Ammarnäs est très longue. La Kungsleden prend un énorme détour, pour éviter un bout de route. Quand nous arrivons à Ammarnäs, il est 20h et tout est fermé. Nous dormons dans un abri fermé sur trois cotés à proximité du village. Nous irons demain nous ravitailler. Nous ratons le réveil et partons beaucoup trop tard. Alors que nous mangeons sur le parking du magasin, nous constatons que les gens nous regardent bizarrement. Il est vrai que nous vivons depuis maintenant deux semaines dans la nature, et notre comportement s’est adapté. Nous n’avons plus la même notion de pudeur, et se laver les dents dans une rivière au milieu d’un village nous paraît tout à fait normal. Il va de même pour notre notion de propreté puisque nous ne faisons la vaisselle plus que tous les trois à quatre jours. Boire le thé du matin mélangé aux pâtes de la veille est devenu notre quotidien. Nous quittons Ammarnäs vers 13h, c’est certes tard mais notre étape est courte. Nous faisons des photos de rennes car nous approchons de la fin du parcours et, avec notre manière d’avaler des kilomètres, nous avons un peu oublié cet aspect du voyage.

Nous dormons à nouveau dans un petit refuge, et le matin, alors que nous partons tard, nous décidons de faire un détour. Il y a un sommet, le Nora Sytertoppen, sur lequel est perché un refuge, qui nous attire. En effet, la Kungsleden est située en grande partie au fond des vallées et l’altitude nous manque un peu. De plus, il s’agit de l’avant dernière étape et nous voulons finir en beauté. Mais cette idée rallonge notre journée et nous devons foncer pour y arriver. C’est donc après 9h de marche, aux environs de 20h, que nous attaquons le vif du sujet. Il y a environ 1200 mètres de dénivelé dans la caillasse. La nuit nous rattrape alors que nous passons le faux sommet, et nous finissons à la frontale. La lampe de combat de Rodolphe, bien plus puissante que nos frontales, s’avère très utile pour trouver le chemin sur une arrête située entre deux glaciers. Nous sommes tout deux conscients de faire une bêtise mais il nous est inconcevable de faire demi-tour. Au sommet, il n’y a pas d’eau (ni de glace ou de neige), et nos gourdes sont presque vides. Le refuge est sensé être juste sous le sommet, mais de nuit nous ne trouvons pas le marquage de descente. Après une navigation à l’altimètre sur une arête, nous décidons de remonter au sommet où nous avons la place de planter la tente. Il est une heure du matin passée, il fait environ 3°C en dehors de la tente, et, sans eau, il nous est impossible de cuisiner ni pâtes ni soupe, ni même du thé pour nous réchauffer. Je crains une chute de neige pendant la nuit car des nuages passent sans cesse l’arête. Nous dormons assez mal dans notre tente accrochée au bord du vide en plein vent, avec juste des biscuits secs comme souper. Quand le jour se lève, il fait beau et nous avons une excellente visibilité, je peux ainsi constater mon erreur. De nuit, fatigué après cette longue étape, j’ai orienté la carte à l’envers. Nous nous étions engagés sur la mauvaise arête, beaucoup trop raide. Et je peux maintenant voir clairement le chemin pour le refuge. Si seulement hier soir j’avais pensé à sortir ma boussole…

 

Nous descendons au refuge, où il n’y a pas non plus d’eau. C’est donc déshydratés que nous entamons la descente pour rejoindre l’itinéraire. Arrivés à la rivière, nous finissons nos réserves de soupe, bouillons et pâtes. Nous avions en effet prévu des soupes pour 25 jours, par sécurité. Et nous faisons une sieste car, après cette nuit au sommet, nous ne sommes vraiment pas en forme.

Les derniers kilomètres jusqu’à Hemavan, la ville d’arrivée, sont les plus douloureux. J’ai l’impression que nous ne finirons jamais. Hemavan est une station de ski, qui ressemble à une ville morte en été. Nous finissons le trek dans le domaine skiable, et, à l’arrivée, il y a un panneau, et rien d’autre. Nous sommes contents d’avoir atteint notre but, étonnés pas ce changement brutal, car maintenant nous ne devons plus nous soucier de l’étape du lendemain ou de nos stocks de nourriture. Mais la réalité reprend vite le dessus : il n’y a rien d’ouvert, personne, et nous sommes sur le parking d’un hôtel fermé. Nous descendons plus bas dans le village, et nous y trouvons finalement un super marché, puis une auberge de jeunesse. Bien que cela mette à mal nos finances, nous prenons une chambre. Nous sommes comblés : il y a des douches, avec de l’eau chaude, et un sauna. En plus la jolie réceptionniste me fait un rabais sur présentation de ma carte du Club Alpin Suisse. Finalement nous passons une bonne partie de la nuit à faire la lessive et remettre en ordre le matériel. Car demain, nous ne savons pas ce que nous faisons, mis à part que nous partons pour la Norvège en auto-stop…

La Kungsleden est un parcours exceptionnel, on vous le conseille. Les paysages sont grandioses, et l’immensité de ce territoire est tout simplement impressionnante. Nous en avons parcouru les 450 km en 17 jours, alors que nous en prévoyions 20. Mais il est vrai que toutes les personnes que nous avons rencontrées sont restées derrière nous, et nos plus grosse étapes faisaient plus de 40 km de long. Nos sacs pesaient entre 25 et 30 kg en fonction des ravitaillements, ce qui me semble être un poids normal sur ce type de parcours. Nous avons aussi eu de la chance au niveau de la météo, puisque sur 17 jours, nous n’en avons eu que 3 de véritable mauvais temps. Finalement, notre plus gros problème aura été les moustiques, car nous ne pouvions pas vivre dans la tente, à l’abri de ces insectes. Et à l’extérieur de celle-ci, ils sont vraiment agressifs, ce qui usent les nerfs. Pour ce qui est de la nourriture, après notre trek en Corse où nous n’en avions pas eu assez, nous en avions cette fois prévu plus : soit 200g de pâte ou 150g de riz, plus une soupe, et nous buvions toujours le bouillon des pâtes ou du riz. Nous avons également complété notre alimentation avec des suppléments de protéines pour body-builder, ceci afin d’éviter des douleurs musculaires que nous avions déjà connues en Corse. Et nous mangions du pain ou des biscottes avec différentes pâtes à tartiner le matin et à midi.

Kungsleden: Fiche technique

(Par mon coéquipier Rodolphe)

Le Parcours

La Kungsleden (Voie royale en français) est un parcours d’une longueur d’environ 440 km dans la Laponie suédoise. Il commence à Abisko, au delà du cercle polaire (68° 20′), et s’achève à Hemavan (65° 50′). La principale difficulté de ce trek est sa longueur. Même si nous l’avons fait en dix-sept jours, il peut être parcouru en trente jours s’il le faut. Les personnes qui se décident doivent cependant être sûres d’elles parce qu’une fois le trek entamé, il est impossible de revenir à la civilisation sans quelques jours de marche. De plus, la longueur du sentier et les aléas climatiques peuvent décourager les trekkeurs les moins motivés en cours de route.

Les paysages par lequel passe le trek sont très variés. Cela va des longues vallées glaciaires aux forêts de bouleaux en passant par des plateaux caillouteux. Même si la région est montagneuse, le sentier ne nous fait pas gravir de sommet. Cette altitude modérée est largement compensée par la latitude de la région. Le sommet le plus haut que nous avons fait culmine à 1700 mètres mais nous avions l’impression d’avoir fait un sommet alpin de 3000 mètres. La ligne de végétation est également beaucoup plus basse que dans nos régions alpines. Je précise toutefois que ce sommet n’est pas dans le parcours officiel. Nous voulions nous offrir une variante alpine à la fin du parcours.

Le sentier traverse de nombreux lacs. Il y a un système de barques qui permet aux marcheurs de traverser. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet car Joseph l’a très bien expliqué dans son article.

Comment s’y rendre?

Le moyen qui offre le plus de liberté pour se rendre jusqu’à Abisko est le train. C’est également le mode de transport le plus écologique (après la marche!). Nous avons opté pour un abonnement Inter Rail. Il permet de voyager dans toute l’Europe et offre des réductions pour certaines lignes de bateaux. C’est la façon de voyager qui offre le plus de liberté car il permet de s’affranchir d’horaires pré-établis et de passer par les endroits que l’on souhaite. Nous avons pris l’abonnement d’une durée de 30 jours de voyages. Cette durée peut paraitre longue mais les imprévus des voyages non organisés obligent à avoir un petit peu de marge. Attention aux trains allemands, ils ne sont pas fiables! Nous avons eu divers problèmes à l’allé et au retour.

On peut également se rendre en avion jusqu’en Suède et finir le trajet en train. Mais cela oblige le trekkeur à prendre une réservation pour le vol de retour. De plus, il faudra acheter les bouteilles de gaz pour le réchaud sur place car elles ne sont pas autorisées dans l’avion.

Cartes et navigation

Les cartes de Laponie sont difficile à trouver dans le commerce. Nous avons du les commander dans un magasin spécialisé. Il va de soi que chacun des trekkeurs devrait avoir son propre jeu de cartes. Il s’agit des cartes BD6, BD8, BD10, BD14, BD16 et AC2. Nous avons vu quelques unes de ces cartes en vente à Abisko, mais elles n’y sont pas forcément toujours toutes, ni en stock.

Il est presque impératif de se munir d’un altimètre et d’une boussole. Même si le sentier est balisé, les marquages ne sont pas toujours bien visible et il nous est arrivé de nous perdre à plusieurs reprises. La triangulation à la boussole n’est pas réalisable tout le long du trek. Il n’y a pas énormément de repères naturels. Nous avons croisé un marcheur allemand qui utilisait un guide sur le trek. Il semblerait que ce soit Lonely Planet qui le fasse.

Climat et vêtements

Le climat estival de la Laponie est clément. Même si nous avons eu quelques jours de grosses pluies et de brouillard à couper au couteau, nous avons eu énormément de soleil. On peut comparer le temps qu’il faisait à celui que nous avons sur le plateau lémanique au printemps.

Comme le temps peut passer par tous les états, il est impératif de pouvoir marcher en toutes circonstances. Il faut donc une tenue pour la pluie, une tenue pour les jours chauds et une tenue pour le froid. Toutefois il n’est pas nécessaire de prévoir du grand froid. J’avais pris de gros gants chauds. Même si j’étais content de les avoir quand nous étions au sommet, une paire de gants en polaire type Mars Gloves de Mammut © est suffisante. Un pantalon en Gore-Tex© peut également être très utile car il peut être utilisé contre le froid et contre la pluie. Une veste de type paclite fait également un très bon imperméable.

Trousse de secours

Pour constituer notre trousse de premier secours, nous avons consulté le livre Guide médical des espaces sauvages écrit par la Doctoresse Isabelle Philippe, ainsi que l’avis d’un médecin.

Voici de quoi était constituée notre pharmacie:

  • Anti-inflammatoire
  • Anti-douleur
  • Désinfectant
  • Pommade cicatrisante et désinfectante
  • Anti-constipation et anti-diarrhéique
  • De quoi faire un gros bandage
  • Compresses
  • Pansements contre les cloques
  • Sparadraps
  • Crème hydratante
  • Stick pour les lèvres
  • Désinfectant pour les mains
  • Antibiotique à large spectre

Alimentation

<p”>Notre premier trek (ndlr: Le GR20) a été une rude expérience au niveau culinaire. Nous ne mangions des pâtes tous les soirs et par rations de 50 grammes par personne. Il nous arrivait fréquement de s’endormir en ayant faim… Ce manque de nourriture nous a fait maigrir fortement et a permis à Joseph de gagner plusieurs trous de ceintures! C’est pourquoi, pour la Laponie nous avons réfléchis plus en profondeur à notre alimentation. Mais nous n’avons pas encore aboutis à la solution parfaite. Je donne ici nos menus ainsi que les idées que nous avons eu pendant le trek pour améliorer encore notre alimentation.

Déjeuner

Nous avons pris depuis la Suisse quelques pains valaisans. Ils permettent d’avoir une bonne source de fibres et de sucres lents pour débuter la journée. Ce pain était accompagné de miel, beurre de cacahuète et nutella que nous avions également importé de Suisse. Une fois ces provisions mangées, nous avons acheté des confitures locales ainsi que des Wasas. Ces biscottes suédoises sont très riches en céréales et sont disponibles dans tous les ravitaillements. Les rations de pains étaient de l’ordre de 50 à 100 grammes par personne. Lorsque nous sommes passés aux Wasas, nous en avions 5 par personne. Mais j’ai noté que ces rations n’étaient pas suffisantes. Il faudrait passer à 150 grammes de pain ou 7 wasa par personne. Lors de notre trek en Corse, nous avions constaté que nous manquions cruellement de protéines dans notre menu. Pour la Laponie, nous faisions chauffer de l’eau pour boire une mélange de protéines et d’hydrates de carbones en poudre. Nous avons pris gout chocolat pour avoir un semblant de chocolat chaud. Ceux qui ont déjà goutés des protéines savent que ce n’est pas bon, quelque soit le gout que l’on prend. Je vous laisse imaginer ce que l’on ressent lorsqu’on en prend au petit-déjeuner! Nous avons donc imaginé qu’il doit être possible de faire un mélange de chocolat et de lait en poudre auquel on ajoute des protéines. Ce doit être plus agréable à boire et apporte un petit peu de sucres rapides à l’organisme pour se réveiller. Nous n’avons par encore définis les proportions du mélange.

Dîner

Le déjeuner se composait de la même ration de pain ou de Wasas que le matin. On l’accompagnait avec des tubes de moutarde, mayonnaise, parfait et concentré de tomate apportés de Suisse. Le raifort est à proscrire, j’avais des brûlures d’estomac l’après-midi. Une fois nos tubes suisses terminés, nous avons gouté aux spécialités locales. Une des particularité de la Laponie est qu’il n’y a pas de nourriture fraiche. On ne trouve aucun légume dans les supermarchés. Cependant, le rayon des tubes est beaucoup plus fournis qu’en suisse. Nous avons gouté, entre autres, du bacon, du roquefort et du jambon en tube! Nous avons retenu de ce voyage qu’il faut augmenter la ration de pain à midi et ajouter un fruit frais (si possible) ou un morceau de fromage ou de saucisson.

Souper

Le diner était notre repas gastronomique! Nous avions chacun une tasse de soupe en entrée, suivie de 150 grammes de pâtes ou 100 grammes de riz. Nous faisions cuire les pâtes et le riz dans des bouillons en cube. Une fois les aliments égoutés, nous buvions le bouillon pour se réhydrater et profiter des sels minéraux qu’il contient. Les portions du soir étaient parfaites au niveau de la quantité. Cependant, manger du riz et des pâtes tous les soirs durant plus de deux semaines devient vite lassant. Des pistes pour varier les menus pourraient être des lentilles accompagnées de lard, de la semoule ou encore du blé.

Pauses

Pendant la journée, nous faisions généralement une pause le matin et une ou deux l’après-midi. Durant ces pauses d’environ un quart d’heure, nous mangions des fruits secs. Ces fruits permettent d’avoir de l’énergie presque immédiatement après l’ingestion. Il faudrait peut être les accompagner d’une barre de céréales ou d’un équivalent pour avoir quelques sucres lents.

Compléments alimentaires

Comme dis plus haut, nous avons utilisés des protéines en poudre (normalement utilisées par les bodybuilders) pour augmenter notre dose quotidienne de protéines. Nous avons tassé un petit peu les protéines dans leur bocal et nous avons remplis l’espace restant par du Gainer(?), c’est un mélange très calorifique et riche en hydrates de carbones utilisés pour les prises de masse. Il ne faut pas en mettre trop car c’est un compléent lourd à digérer et qu’une journée de marche suit le repas.
Nous avions également emporté un bocal de boisson isotonique en poudre à mettre dans les gourdes pendant les longues étapes. Nous l’avons également utilisée avec de l’eau chaude pour lors des jours ou nous avons eu du mauvais temps et du froid. C’est une boisson qui est très agréable à boire chaude pendant ce genre de moments. Tous nos compléments alimentaires étaient issu de la gamme Powerbar © .

Matériel

Certains objets nous ont été très utiles pendant le trek. la lampe de combat nous a évité quelques frayeurs durant notre ascension. Il s’agit de la Gladius Maximis de Blackhawk! © . Nos couteaux de chasse (Extrema Ration © , Golem F pour le mien et Col Moschin pour Joseph) nous ont également servis pour couper du bois dans la partie sud. En ce qui concerne les chaussures, je conseille des chaussures de moyenne montagne montantes, imperméables et avec des semelles rigides mais pas d’alpinisme. Notre tente était trop petite! Joseph a la Vaude © Hogan Ultralight I, qui convient parfaitement pour dormir seul avec son matériel. A deux, elle permet uniquement de dormir. Nous devions laisser une partie de notre matériel sous l’avant-toît et dormir par dessus nos sacs que nous avions préalablement vidés. Avoir deux tentes me parait une bonne chose pour ce trek. Un objet qui nous a été très utile également est une protection contre la pluie en plastique. Les cartes se glissent dedans et cela permet de les consulter sans les mouiller lorsqu’il pleut.

2 comments

  1. Bast

    Bonjour,

    Nous prévoyons de partir en août en petit groupe et j’aurais quelques questions à vous poser quant à votre trek. J’ai vu que vous aviez fait l’intégralité du parcours et votre avis nous serait utile. En effet, nous voulons savoir s’il est possible de faire un autre tronçon que la partie Abisko -> Kvikkjokk, partie la plus fréquentée. Nous n’avons pas envie de nous retrouver sur une autoroute du randonneurs…

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    • Bonjour,
      Oui c’est bien sûr possible de faire que la partie sud. Mais la partie nord est très belle, et je trouve dommage de louper le parc national d’Abisko.
      Si vous voulez vraiment éviter l’autoroute (ce qui n’est pas faux mais reste pas si terrible), il vous faut tracer votre propre itinéraire. Les chemins sont indiqués sur les cartes, avec un peu d’expérience de lecture de terrain c’est pas un problème. J’ai fait ça en solo en 2012 et j’ai rencontré très très peu de gens.

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